Accueil > Nicolas vu par Botsoglou

page-exposition

Qu’est ce qu’une oeuvre de peinture aujourd’hui où la technologie a envahi nos vies d’une imagerie qui emplit notre espace vécu et l’occupe de la naissance à la mort ?     
Alors que l’oeuvre picturale doit revendiquer sa place au milieu de toute cette profusion d’images fabriquées soit par des publicistes créateurs de faux besoins soit par des artistes imposteurs?  Qu’est ce qu’un tableau parmi ce flot incessant d’images d’horreur, de destruction et de mort qu’on nous fournit quotidiennement sous prétexte de nous « informer »  pour mieux nous abrutir, nous terroriser, faire de nous des  partisans  inconditionnels ou des électeurs apathiques ?
Si ces interrogations ont pour vous un sens, je vous propose de voir, de regarder attentivement les oeuvres de Nicolas Curmer. Tout simplement parce qu’à mon avis elles sont tout le contraire de ce que j’ai pu brièvement évoquer plus haut, qu’elles ont toutes les caractéristiques de l’Art, faites pour vivre parmi les humains, les accompagner et les unir.

Les peintures de Nicolas Curmer se présentent en séries qui toutes, des portraits aux sports, des nus aux paysages, des grands tableaux aux oeuvres de dimensions réduites sont le produit du même regard volontairement distant et dénué de sentiment, soutenues par une technique impeccable dont la qualité rappelle les maîtres d’antan. La force de ces images est telle qu’on a la conviction qu’elles vont un beau jour occuper l’espace détenu par les sensibleries publicitaires, nous offrant une vue neuve des objets et du monde.

Mais où se trouve la différence entre une oeuvre d’art et la profusion d’images aliénantes qui nous entourent ? Une oeuvre d’art porte en elle imperceptiblement le mystère du vivant qui rend tout être unique et différent. Elle transpose la densité de l’espace et du temps puisqu’elle est la condensation d’une infinité d’instants. Elle transpose des fragments d’histoires qui n’appartiennent à aucun récit et que l’artiste lui même ne connaît pas. Tout cela donne à la surface peinte une durée et une profondeur qui la différencient des images destinées à la consommation.
J’ajouterais encore un trait caractéristique qui enrichit les thèmes traités par Nicolas Curmer. Quelque chose de différent apparaît sur le tableau qui inverse l’ordre habituel des choses. La présence d’un sujet nu par exemple en pleine rue ou dans le métro ( ?) S’agit-il d’une menace ou d’un clin d’oeil de connivence érotique ?

Chaque série porte en fait, en dehors des caractéristiques générales que j’ai évoquées, son regard propre. La série des portraits est une démarche suivie pour une approche, une meilleure connaissance du sujet peint, empreinte de sympathie discrète. La série des sports entreprend d’étudier les mythes de la boxe, du basket ou du catch avec la volonté  manifeste  de glorifier  la lutte considérée comme un élément indispensable pour la vie et la survie.
Dans la série des nus il est évident que l’élément érotique domine sans pour autant dissimuler un discret commentaire sur l’humaine conduite.
Enfin les tableaux représentant des paysages urbains ou ruraux sont eux aussi porteurs d’un certain commentaire, venant de l’extérieur, comme pour un décor, une manière qui rappelle les grands maîtres de la peinture européenne.

Chronis Botsoglou, peintre professeur a.d. à l’Ecole des Beaux Arts d’Athènes.